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Conversations avec Klaus Kinski

propos sur la vie, l'art et les abysses


Le schisme du réalisme est-il fertile ?


05 octobre 2021

Salut Klaus!

      J'ai prévu passer du temps sur mon œuvre cette semaine, alors je vais me servir de cette entrée pour te faire savoir où j'en suis: j'espère bien qu'il y aura un peu de suite dans mes propos, d'où le titre que j'ai choisi pour chapeauter ladite entrée.

Premièrement, je crois qu'il faut s'intéresser à l'idée de croissance organique. Et par "s'intéresser", j'entends coucher quelques idées, quelques repères, qui j'ose croire, se constitueront autrement que comme quelques digressions éparses. Compte tenu des idées ou des motivations originales que j'entretenais au moment d'entreprendre de revisiter les films de la franchise Les dents de la mer, j'ai pensé imaginer une croissance organique où le terreau est situé dans le schisme du réalisme. Le domaine à partir duquel s'articulerait, organiquement, l'élaboration des différents constituants de l'œuvre serait donc bordé d'un côté par l'impressionnisme et de l'autre, par l'expressionnisme. (1)

« Ce domaine est enclavé, compressé de toutes parts, par les terrains expressionniste et impressionniste. »

C'est donc à partir de ce domaine que je vais articuler la conception et l'élaboration des quatre personnages que je t'ai présenté sommairement dans une entrée précédente: en fait, j'en suis à vouloir provoquer leur croissance originale à partir d'un schéma inspiré par le Bauhaus (Kandinski) qui justement met en relation l'impressionnisme et l'expressionnisme. (2)

Cette semaine, je compte explorer l'idée d'une troisième dimension, celle du point de chute de ces personnages. Ce point de chute se constituerait par et dans la rencontre entre les différents personnages et les différents éléments - éléments qui t'ont eux également été présentés précédemment, fût-ce sommairement. Chaque personnage aurait ainsi un point de chute issu d'une rencontre avec un des éléments. (3)

Ce point de chute pourrait représenter la présence du personnage dans le schisme; et le défi serait alors d'offrir une forme de transfiguration de cette présence incarnée ou, au moins, faire en sorte que cette présence puisse nourrir l'univers et ainsi la faire croître organiquement.

Je crois qu'il sera nécessaire d'envisager un troisième plan pour constituer l'univers: les personnages et les éléments semblent être des idées porteuses, mais je ne suis pas encore fixé sur ce que pourrait être le troisième plan. (4)

Peut-être que les quelques idées structurelles suffiront à idéaliser la forme de cet univers et que les règles qui régissent cet univers, depuis la limitation de moyens ou la fidélité à l'idée originale, naîtront de souche par l'entremise des personnages, de leurs présences dans le schisme du réalisme et de leurs rencontres avec les différents éléments.(5) C'est-à-dire, l'élément qui est associé à leur point de chute individuel, mais aussi les autres éléments dans leur rencontre avec les autres personnages.

décembre 2021: Quelques mois sont passés depuis que je t'ai écrit sur ces sujets; j'ai ajouté quelques notes de bas de page pour souligner les évolutions les plus significatives. Pour une raison ou une autre, j'avais conclu un peu sèchement cette entrée; je te prie de m'en excuser. Pour l'heure, je t'invite, toi et les publics intéressés par le propos, à consulter Une idée de l'art Une idée de l'art qui approfondit ces sujets, en outre lorsque le modèle schéma-figure (voir ci-contre) est discuté à la section intitulée L'œuvre comme conceptuelle.
Bien à toi, D.
La première rangée du tableau illustre une philosophie impressionniste et la deuxième, une philosophie plus expressionniste; les flèches sont la troisième dimension évoquée dans cette entrée. À l'heure actuelle, elles se lisent du temps jusqu'à Dieu pour celle qui est horizontale, et celle qui est verticale du temps jusqu'à la peur (pétrifiante).


Le schéma-figure propose une forme de l'œuvre où les parcelles (les personnages) et leurs contributions en viennent à déborder et de l'univers et de l'œuvre elle-même (le palier rouge de ce schéma).

Efflorescence, Paul Klee, 1937.

(1): Depuis, la recherche sur le domaine du schisme du réalisme dans la conception de l'œuvre Tout l'océan sur un riblet a évolué: ce domaine est enclavé, compressé de toutes parts, par les terrains expressionniste et impressionniste. Il est le lieu d'origine de toute chose, le rempart contre l'égarement quant aux impératifs (pour ainsi dire) de croissance organique de l'œuvre. Et cette croissance s'effectue depuis ce domaine. (décembre 2021).

Le schisme du réalisme est un emprunt à Paul Klee: Klee propose une lecture des effets de mode qui firent passer le savoir-faire artistique en vogue, au tournant du 20e siècle, de l'impressionnisme à l'expressionnisme comme un schisme.

Pour ma part, je retiens que l'impressionniste capte une impression (de la nature) qu'il cherchera à transfigurer fidèlement, alors qu'un expressionniste, au contraire, cherchera à consommer pleinement l'impression ou l'information et que c'est à partir de cette appropriation, de cette personnalisation qu'il cherchera à donner une transfiguration artistique de la réalité ou de la nature.

Parmi les descriptions simples de l'impressionnisme et l'expressionnisme, j'ai retenu les suivantes:

En traduction et adaptation libre depuis l'anglais original de Impressionism and Post-Impressionism de Nathalia Brodskaïa (Parkstone Int. Press, 2018):

Avant d'être une bataille de chevaux, un nu de femme ou une quelconque autre anecdote, une peinture est essentiellement une surface plane couverte de couleurs agencées selon un certain ordre. (p. 575)

Tous les sujets historiques, allégoriques, mythologiques ou trop littéraires sont interdits; le travail s'inspire directement de la nature et n'est pas réalisé en studio à partir de souvenirs, de sketches ou de notes manuscrites; les considérations de l'impressionniste sont tournées vers la signifiance émotionnelle des couleurs; l'effort les rapproche de la vibrante luminosité naturelle. (p. 302)

En traduction et adaptation également libre depuis l'anglais original dans The Concise Encyclopedia of Expressionism de Lionel Richard, traduit par Stephen Tint (Chartwell Books, 1978):
L'œuvre d'art (expressionniste) peut être décrite comme une profession de foi dans laquelle les sentiments généraux d'une génération se soulèvent dans toutes leur diversité. (p. 9)

Ce que le peintre peint est ce qu'il perçoit comme un effet sur ses sens les plus intimes: il peint l'expression de son être; toute chose entre deux eaux est pour lui une image purement symbolique. Sa propre vie trône au sommet des considérations qu'il juge d'importance. Ce que le monde extérieur lui impose, il l'exprime depuis une intériorisation (de ce qu'il a convenu de percevoir symboliquement, dans une étape transitionnelle). Il véhicule ses visions et son terrain intérieur et il communique par eux. Dès lors, toute création artistique doit être une projection de l'intimité profonde de l'artiste. C'est ce contraste avec l'impressionnisme et plus généralement avec le naturalisme qui s'établit comme pierre d'assise de la nouvelle esthétique. (p. 9)

Il serait intéressant de documenter la journalisation du schisme du réalisme à différentes étapes de l'évolution de l'œuvre ou, plus généralement, du temps: les propos sur les abysses de mes conversations avec Klaus Kinski devraient être un pas dans cette direction.
(2): Plusieurs modélisations ont été créées afin d'outiller cette démarche: le modèle évoqué dans cette entrée a perdu en importance depuis que les parcelles (les 4 personnages) sont chacune associées à un effet riblet et que l'articulation de la recherche se fait à partir de cette coïncidence, plutôt que du modèle originalement prévu à cet effet. Cela dit, le modèle inspiré du Bauhaus demeure un outil qui n'est absolument pas relégué au rang d'artéfact dépassé dans le présent cycle de conception, élaboration et création (décembre 2021).

Les points importants à retenir sont :

  • Les personnages s'appellent désormais des parcelles; trois des parcelles ont des appellations qui peuvent être mises sous la forme plurielle: Délire(s) de fin du monde, Abysse(s) dimensionnel(s), Entrailles de la terre, seule Amérique insouciante à une appellation qui ne peut être mise au pluriel.

  • La croissance originale est parfois plus qu'une nuance de la croissance organique: on peut, par exemple, parler d'idée(s) primitive(s) à défaut de pouvoir dire primévale(s): en fait, la croissance originale évoque l'idée, telle qu'elle était aux premiers âges. Dans Une idée de l'art , une tentative de reconstruction des chemins idéels qui mènent à la création de Tout l'océan sur un riblet est assez proprement réalisée. En empruntant l'idée de l'art de R. G. Collingwood, l'œuvre est articulée comme conceptuelle (et pouvant être expérimenté sans que l'œuvre elle-même existe proprement) en posant que l'idée est l'œuvre et l'œuvre (en devenir) ne sera jamais qu'une manifestation de cette idée.

    Dans l'état d'avancement actuel de la création de l'œuvre (décembre 2021) lorsqu'on envisage la croissance des premiers âges des parcelles, les chemins à reconstruire mènent à leurs reconstructions généalogiques. L'inscription de ce produit dans le schisme (ou dans l'œuvre) permet à la parcelle de contribuer à l'univers dans lequel ces parcelles peuvent s'incarner.

  • Le modèle présentement valorisé met en relation les parcelles et leurs points de chute (voir ci-après). Par contraste, le modèle inspiré du Bauhaus et valorisé au moment d'écrire l'entrée principale cherchait à placer le point de chute des parcelles dans un des quatre cadrans que forment les deux axes principaux sur ce modèle: l'axe horizontal délimitant l'impressionnisme de l'expressionnisme et l'axe vertical délimitant l'art de la création originale (nature). La rencontre d'une parcelle avec son point de chute aurait soustrait la parcelle d'un de ces cadrans pour le plonger, pour ainsi dire, dans l'intersection des deux axes lorsqu'on conçoit cette intersection comme le domaine du schisme du réalisme, ou comme le point d'origine qui s'étend jusqu'à une rencontre avec respectivement les terrains expressionnistes et impressionnistes.

    L'entrée principale aborde la question d'une troisième dimension à ajouter au modèle inspiré du Bauhaus, alors que le présent modèle fait coïncider l'élément structurel avec le point de chute. Dans le tableau suivant, les effets riblets provoqués par la rencontre d'une parcelle avec son point de chute.

    Point de chute / effets ribletParcelles
    Fouille à la piocheEntrailles de la terre
    Artéfact ancestralAbysse(s) dimentionnel(s)
    StonehengeAmérique insouciante
    Vérité intemporelleDélire(s) de fin du monde
La prochaine note (3) cherchera à préciser un peu plus en avant la recherche de la troisième dimension évoquée dans l'entrée principale.
(3): Dans l'état d'avancement actuel (décembre 2021), la rencontre entre le personnage (la parcelle, voire la note 2) et l'élément qui constitue son point de chute est conçue selon que cette rencontre provoque (génère organiquement, pour ainsi dire) un effet riblet.) À la différence de ce qui est écrit dans cette entrée, le modèle présentement utilisé ignore les terrains qui enclavent le domaine du schisme du réalisme et est, pour ainsi dire, émanant de ce domaine en propre. L'usage d'un point de référence extérieur au système, parfois référencé comme le deux ex-machina a rendu possible d'aborder le domaine du schisme - même si des clarifications demeurent nécessaires à ce sujet. Je cherche à m'assurer qu'une éventuelle revalorisation du modèle du Bauhaus, mentionné à la note 2 (et dans l'entrée principale) aura bel et bien lieu. Pour ce faire, j'essaie d'intégrer l'hypothèse que j'ai un biais pour le terrain expressionniste dans mon approche du cadre de fidélisation à l'idée originale (*). Ce qui me permettra, je l'espère, de garder vivante la mémoire des premiers âges de la conception, du développement et de la création de l'œuvre, que le modèle du Bauhaus inspirait la subduction ou la subjugation de deux terrains l'un sur l'autre.

(*) J'ai revu cette note à la fin 2022 et modifier certains passages, en particulier ce qui suit l'astérique. Par exemple, le cadre de fidélisation à l'idée originale était, au moment d'écrire cette note appelé le cadre d'articulation à TOSR (Tout l'océan sur un riblet).

Toujours en décembre 2021, j'avais relevé sur cette note que céder à la frayeur est une forme de mise à nue; tomber dans le point de chute ou habiter le point de chute pourrait éventuellement être une forme de mise à nue qui permettrait l'incarnation ou la manifestation des parcelles dans l'univers de Tout l'océan sur un riblet.

Juin 2022: Cadre de fidélisation à l'idée originale

Au départ référencé comme le cadre d'articulation de TOSR, le cadre de fidélisation à l'idée originale illustre schématiquement des points de repère tirés des structures profondes de genres dramatiques qui semblaient particulièrement cohérents pour définir structurellement l'idée originale et entreprendre de donner une forme à l'œuvre Tout l'océan sur un riblet. Ce schéma a évolué et inclus maintenant des images tirées du film Les dents de la mer (Universal Pictures, 1975) pour illustrer le savant initié, le shérif, le fou du village et l'agent horrifique. L'agent horrifique était précédemment évoqué sous forme d'un deus ex machina (voir plus haut dans cette note). Dans les suites envisagées prochainement, l'intérêt de ce schéma portera sur le décalage de cet élément horrifique par rapport aux trois autres points qui forment le cadre.
(4): L'hypothèse annoncée dans cette entrée c'est que l'argument technique pourrait être la dimension manquante: personnage, élément et idées structurelles.
(5): Ces rapports et ces interactions entre parcelles, éléments, point de chute et l'univers se constituant de lui-même sont maintenant appelés des contributions et celles-ci sont définies comme les actions, décisions, aventures et mésaventures des personnages.

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