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Praxis, médiation et autofiction : l’artiste entre deux existences

propos / réflexion


janvier 2025

I. Introduction : L’artiste sur son chemin

L’artiste avance sur un chemin qui n’est ni ancré dans la seule théorie, ni dans la seule existence. Il chemine dans la praxis, dans le mouvement d’une création qui ne peut être réduite à une simple réflexion intellectuelle ni à un mode de vie. Or, que se passe-t-il lorsque ce cheminement s’arrête un instant pour scruter ce qui l’entoure ? L’artiste qui tourne son regard vers l’existant découvre qu’il ne fait pas que transiter entre la pensée et l’expérience : il est aussi habité par une tension interne, par une fracture qui transforme sa posture de médiateur.

II. Refus de gagner une appétence : l’artiste face à la tentation d’un ancrage

L’artiste pourrait se fixer, soit dans la rigueur d’une posture théorique, soit dans l’authenticité revendiquée d’une vie entièrement absorbée par l’existence d’artiste. Ces tentations, si elles peuvent paraître séduisantes, comportent un danger : celui de déserter la praxis au profit d’une justification statique de l’acte créatif.

Refuser cette appétence, c’est rester dans un mouvement continuel, où la création n’est ni un simple prolongement d’un savoir, ni une affirmation existentielle, mais un point d’équilibre fuyant. Or, cette posture implique une tension. En délaissant toute assise trop fixe, l’artiste est en proie à des confrontations entre une sagesse conventionnelle – qui cherche à stabiliser, à encadrer – et une sapience artistique qui appelle l’inconnu, l’expérimentation.

III. Avarie de courage : quand l’artiste devient sa propre matière existentielle

En interrogeant l’existant, l’artiste découvre une scission : d’une part, un existentiel qui évolue, se transforme, et de l’autre, des rapports existentiels qui s’imposent à lui, lui demandent de se définir. Il ne s’agit plus seulement de naviguer entre la pensée et l’expérience, mais d’assumer une double présence. L’artiste devient un objet de questionnement, non plus pour lui-même, mais pour cette dynamique qui le dépasse.

L’avarie de courage n’est pas un abandon, mais un dépassement du courage habituel – celui d’avancer, de produire. Il s’agit d’accepter une forme de transformation où l’artiste ne choisit plus seulement les termes de son cheminement, mais les endure, les traverse comme des structures qui le contraignent et le remodèlent.

IV. Porosité existentielle et structurelle : l’artiste et son double autofictionnel

Dans cette scission, une autre figure émerge : le héros de l’autofiction. Celui-ci n’est pas un simple double, mais un opérateur structurant. Il cristallise l’existant, en fait un espace où l’artiste peut se voir et se penser. Mais ce héros, en tant que construction, ne demeure pas passif : il joue un rôle de médiation, non plus entre théorie et existence, mais entre un existentiel figé dans la structure et un existentiel en mouvement.

Ainsi, la praxis ne se situe plus uniquement sur le chemin entre théorie et expérience, mais dans l’interaction entre l’artiste et cette figure dédoublée. L’autofiction n’est plus seulement une mise en scène du soi : elle devient un champ de tension, un laboratoire où se redéfinit l’acte même de créer.

V. Conclusion : Faire de la scission un principe actif

Revenir sur le chemin, mais en reconnaissant que l’artiste ne revient jamais intact d’une telle exploration. La scission, loin d’être une crise, devient une dynamique féconde. L’autofiction se présente alors comme une manœuvre de recomposition, un espace où l’artiste peut redéployer la praxis sans jamais s’y fixer définitivement. Il ne s’agit plus de garder un équilibre, mais de composer avec une tension qui, désormais, fait partie intégrante du processus créatif.

 


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