Tout l'océan sur un riblet

À l'aube du nouveau continent : l'opéra du jour d'après



Figures de l’altérité et mauvaise foi dans la scène 8

idéation de la scène 8


janvier 2025

Introduction : Une scène en vase clos, une structure opératique hantée

La scène 8 de la Vulgate synoptique s’impose comme un moment de suspens et d’interrogation : ce qui a été joué avant semble achevé, ce qui doit suivre demeure en attente. Ici, le temps et l’espace ne sont plus modulables, ils deviennent une fenêtre-guillotine qui fige les protagonistes dans une posture découpée, prête à être examinée. Le tragique qui s’y déploie est-il encore actif ou bien déjà fossilé ?

Deux figures dominent cet espace : le héros-librettiste, architecte du drame, et Amérique insouciante, entité qui semble avoir dépassé son propre destin. Tous deux sont pris dans un jeu d’altérité trouble où l’on ne sait plus si l’un se détourne de l’autre par crainte ou par fascination, par mauvaise foi ou par perversion. Autour d’eux, les corps primitifs sont absents ou figés dans un enchaînement silencieux. La question qui se pose alors est la suivante : l’altérité est-elle une donnée réelle ou n’existe-t-elle que comme produit de l’imagination de ceux qui la convoquent ? Et si cette altérité est fantasmée, peut-elle encore être un lieu où se joue une authentique expérience de foi ?

1. Le héros-librettiste : un faiseur pris au piège ?

1.1. Une perversion ou une mauvaise authenticité ?

Le héros-librettiste, créateur et ordonnateur du drame, est soudain confronté à sa propre incapacité à agir. Là où il déployait auparavant des gestes de composition, il n’a plus qu’une posture d’attente. Est-il pervers, dans le sens d’un maître qui aurait joué avec les limites du possible avant de se réfugier dans une posture d’impuissance feinte ? Ou bien est-il dans une mauvaise foi radicale, refusant d’assumer la conséquence de ses propres créations ? Il semble piégé entre deux états : celui du démiurge qui voudrait continuer à façonner et celui du spectateur qui feindrait de ne plus avoir prise sur ce qui se joue.

1.2. Amérique insouciante : du tragique à la relique ?

Face à lui, Amérique insouciante, entité fuyante et inaltérable. Peut-elle encore être tragique si elle n’est plus en proie à une menace réelle, si elle est désormais un artefact que l’on observe ? Son existence semble osciller entre le vestige et la présence absolue, entre la figure qui demeure et la structure qui s’est déjà figée. Elle n’est pas morte, mais elle n’est plus en devenir. L’autre a-t-il encore une emprise sur elle ? Et si non, est-elle encore altérité ?

2. Les corps primitifs : intention ou projection ?

2.1. Une présence par défaut

Les corps primitifs sont-ils encore en capacité d’être sujets ? L’un est enchaîné, l’autre attend. Ces êtres sans volonté apparente sont-ils dotés d’intentions propres ou sont-ils entièrement déterminés par le regard de ceux qui les observent ? Le crime dont il est question s’est-il joué sur eux, ou bien en eux, par la disparition de leur autonomie ?

2.2. L’altérité comme produit de l’imagination

Si ces figures sont vidées de leur substance propre, alors leur altérité est une construction de l’autre. Elles deviennent le reflet d’un fantasme, le lieu d’une altérité projetée plutôt qu’une présence effective.

3. L’altérité, la foi et la mauvaise foi

3.1. Une foi sans altérité est-elle possible ?

Si la foi est ce qui engage un sujet vers une vérité extérieure à lui, alors l’altérité est indispensable à son expérience. Mais que se passe-t-il lorsque cette altérité est en fait un artefact, une structure vide ? Est-ce encore une foi ou simplement une illusion de foi, une déréliction de croyance ?

3.2. La mauvaise foi comme dévoiement de l’intensité

La mauvaise foi surgit quand l’individu feint de croire ou d’agir selon un principe qu’il sait inauthentique. Dans cet espace scénique, la mauvaise foi semble s’être installée non pas comme un acte volontaire, mais comme une condition tragique. Aucun des protagonistes ne semble en mesure d’assumer pleinement son rôle, tous vacillent entre posture et conviction.

3.3. L’intensité de l’absence : un crime sans lieu ?

Le crime a-t-il eu lieu ici, ou ailleurs ? Le drame semble révolu, mais ses traces persistent. La scène ne montre plus l’acte, elle expose sa résonance. Le tragique n’est plus un événement, mais une structure dénudée.

Conclusion : Habiter la scène, habiter l’absence

La scène 8 nous confronte à une structure figée, à un espace qui ne produit plus d’altérité vivante, mais seulement des restes. La question de la foi, qu’elle soit authentique ou dévoyée, ne peut se poser que dans l’interstice où l’autre demeure encore un sujet. Ici, l’autre est devenu une résonance, une forme qui persiste, un crime sans auteur ni lieu. Que reste-t-il alors, sinon la persistance d’une scène qui attend, suspendue, une éventuelle reconfiguration ?

 


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