Tout l'océan sur un riblet

À l'aube du nouveau continent : l'opéra du jour d'après



Pour que puisse cesser cette nécromancie :

Appropriation, Dissolution et Poïesis dans la scène 1 de la Vulgate synoptique


décembre 2024

1. Définition revisitée de la nécromancie

La nécromancie, traditionnellement perçue comme l’art d’évoquer les morts ou de communier avec eux à travers des pratiques occultes, est ici détournée de sa dimension surnaturelle pour devenir une métaphore d’appropriation des forces inertes. Dans ce cadre, les forces inertes — à comprendre comme les énergies latentes, oubliées ou négligées — sont extraites de leur inertie pour nourrir une poétique énergétique.

Ce repositionnement s’inscrit dans une double dynamique : d’une part, il s’agit d’une quête d’énergie et de vitalité dans un espace marqué par l’absence (de vie, de désir, d’action) ; d’autre part, cette réappropriation se fait à travers une dramaturgie qui donne corps à ces forces inertes sans pour autant les résorber dans une vitalité illusionniste.

2. La nécrophilie comme horreur subtile et symbolique

La nécrophilie, conceptuellement associée à l’horreur la plus crue, est ici transformée pour devenir une évocation de l’ambivalence. Plutôt qu’une fascination pour la mort physique, il s’agit d’une reconnaissance de l’attraction pour l’inerte, pour l’absence même. Cette horreur subtile réside dans l’écart émotionnel entre le désir d’appropriation et le refus instinctif de la dissolution.

En transformant la nécrophilie en une métaphore symbolique, la scène 1 joue sur un terrain ambiguë : celui d’un érotisme sublimé qui trouve sa tension dans l’échec à compléter l’union entre vie et mort. C’est ici que la poïesis intervient pour reconstruire cet échec en espace narratif fertile.

3. L’ambivalence entre poïesis et dissolution

L’idée de poïesis, comme point d’origine créatif, entre en tension directe avec la dissolution, perçue intuitivement comme une menace de déconstruction dépourvue de forme. Ce conflit est crucial dans l’élaboration de la scène 1.

Les influences suivantes permettent d’éclairer cette tension :

  • R. G. Collingwood : Sa conviction que seuls les artistes, les ingénieurs et les terroristes sont habilités à déranger l’ordre normatif pour introduire de nouvelles réalités à la réalité trouve une résonance ici. La dissolution n’est pas pure destruction ; elle devient réarticulation.

  • Adorno : La digestion de l’indigeste dans la culture populaire rappelle que ce qui est conceptuellement ou émotionnellement difficile peut être transformé en quelque chose de consommable. La scène 1, en explorant ces thèmes, refuse la simplification populaire.

  • Mariken in the Garden of Earthly Delights : La phrase « C’est l’incompétent qui rend l’art mauvais » souligne l’exigence d’une structure dans l’élan créatif, même lorsqu’il s’agit d’évoquer la dissolution.

4. Esthétique et lexique de la scène 1 : "Pour que puisse cesser cette nécromancie"

La scène 1 explore un territoire où l’inertie devient fertile, où les forces dites mortes se révèlent comme des gisements de potentialité. La nécromancie et la nécrophilie, en tant que termes revisés, ne sont plus des fins en soi mais des outils pour explorer la tension entre création et dissolution.

Les thèmes lexicaux — appropriation des forces inertes, dissolution, poïesis — sont ancrés dans une poétique de l’ambiguïté. La scène cherche à provoquer des tensions esthétiques, en rendant ses motifs à la fois répulsifs et captivants. Elle pose une question fondamentale : la vie et la création peuvent-elles s’élever de ce qui est perçu comme mort ou dissous, sans trahir leur origine inerte ?

 


*
 
 

« Daniel Quimper conçoit la scène 1 de la *Vulgate synoptique* comme une initiation par la nécromancie, où cette dernière est détournée de sa définition conventionnelle pour devenir un art de l’appropriation des forces inertes. Cette scène explore une quête de vie dans un territoire marqué par l’ambiguïté du désir et de la dissolution, et évoque une horreur subtile, celle d’une nécrophilie symbolique. »